Des jours que je n’ai pas oubliés

Lu il y a quelques semaines ce petit livre de Santiago H. Amigorena (chez P.O.L.) – ma curiosité a été éveillé par un petit article dans le supplément littérature d’un Le Monde en décembre 2013 ou janvier 2014…. Question posée rapidement sur les premières de ces 247 pages aérées « Peut-on aimer deux personnes à la fois? » question formulée non pas « par celui qui a doublement aimé mais par l’un de ceux qui devaient se contenter de la moitié d’un amour » 4e de couv’).

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Un homme (écrivain) apprend que sa femme (actrice) voit un autre homme. Il veut d’abord se suicider, décidera toutefois plutôt de s’éloigner d’elle un moment et partir en voyage (sur les traces des voyages faits avec ELLE)

« ....Il a pensé qu’en revanche il ne pouvait ignorer combien elle, elle l’avait changé. Il a pensé qu’elle avait voulu qu’il devienne celui qu’il était devenu, mais qu’il était normal, en même temps, qu’ayant aimé celui qu’il avait été, elle cesse d’aimer celui qu’il était devenu. » (p. 160) …..

« Jeudi, six heure et demie du matin

Comme si le soleil entendait mes mots, il se lève, enflammant l’est d’ocre et de rose. Presque tous les souvenirs de ces deux derniers moi me disent que le futur qui nous attend – si jamais un futur, quel qu’il soit, nous attend quelque part- ne peut être semblable qu’au deuxième voyage que nous avons fait à Venise, le triste voyage où l’amour était mourant. Mais le simple souvenir de ton regard, hier, dans la chambre des enfants, comme je t’offrais mon corps, comme tu me caressais, me dit que non, que seul le premier voyage est réel, que seul au premier voyage sera semblable la vie qui nous attend au-delà de cette aube nouvelle.
Hier soir, j’ai essayé de lire, mais je me suis endormi avant d’avoir fini la première page. Aujourd’hui, dès le réveil, avant d’écrire ces quelques mots, j’ai enfin commencé à lire ces Lettres à Lou qui t’appartiennent. » (p. 39)

Le texte mélancolique strié de quelques lueurs, pleins de répétitions incantatoires, de ressassements, est un collage de réflexions sur l’amour envers la femme qui est en train de choisir un autre – pas encore complètement partie, mais comme « éteinte », des extraits de « Lettres à Lou » d’Apollinaire, réflexions sur l’écriture, le pouvoir des mots, le livre autobiographique en train de s’écrire …. D’où un effet morcelé, puzzlesque à l’ensemble…. mais ou la poésie amoureuse de Appolinaire reflète parfaitement les états d’âme de l’auteur et adoucissent parfois poétiquement le tranchant d’une écriture fulgurante.

Télérama écrivait sous ses « TT » décernés au livre : « …..Narrateur graphomane, comme il aime se présenter, Santiago Amigorena (né en 1962) poursuit sa poétique du ressassement, ses contradictions permanentes entre le désir d’exprimer et l’envie d’en finir. Et,  encore une fois, comme tant de fois, malgré lui, l’écriture lui a sauvé la vie ». En revanche, comme ce n’était pas le cas dans ses précédents livres, ici la souffrance du narrateur délaisse l’ironie qui inclinait à en sourire. Ecrire fait mal, ne pas écrire est pis encore, insiste-t-il au long de ce ballet des illusions perdues. Ce que comprend l’auteur de ce texte magnifique et serré, c’est qu’il est inutile de choisir « entre un présent incertain et les illusoires certitudes perdues du passé ». Il sait ce qu’il doit continuer de chercher à l’infini : le mot juste….. »

Texte donc d’un écorché vif, qui erre dans un brouillard duquel seuls l’écriture et les livres peuvent le sauver d’une grande souffrance et d’un questionnement sans fin.

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Le blog Mediapart m’éloigne un peu de la « simple littérature » et m' »informe » de ce qui se cache derrière la souffrance de cet homme/écrivain :

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« Impossible, désormais, d’ignorer que la femme dont un beau portrait est donné, entière de tempérament, partagée dans ses sentiments, cruelle par défaut, dont le corps est une incandescence qui traverse le livre, dont le « regard éteint », un instant, ouvre sur une rupture à venir, est Julie Gayet. Tout y est, les deux enfants, le projet de film qui deviendra Quelques jours en septembre, mais enserré dans le projet littéraire au long cours d’Amigorena, assouvir sa graphomanie jusqu’à extinction du désir d’écrire (ici sur un mode plus dépouillé, linéaire). Le réel – sans offense aucune pour Julie Gayet – devient scorie. Pour tout arranger, le narrateur erre longuement dans la Villa Medicis dont il fut pensionnaire, juste au moment où Aurélie Filippetti tombe des nues en découvrant le nom de la comédienne parmi les membres du jury de ladite villa, et la vire de la liste« .

On lit le livre aéré très rapidement. On peut être triste pour lui, mais pas toujours avec lui. Cette longue lettre parfois ressassant à la femme infidèle peut paraître vaine. mais on peut être sensible à bon nombre de passages….

A propos lorenztradfin

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2 commentaires pour Des jours que je n’ai pas oubliés

  1. Yv dit :

    En plein cœur de l’actualité française….enfin de ce que certains aimeraient faire passer pour de l’actualité

    J'aime

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