Dirt – Impurs

« Personne ne peut expliquer une vie entière »

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« Impurs/Dirt » nous transporte dans le sud des USA, dans l’aridité de la Californie. Galen (22 ans) vit (toujours) chez sa mère et souhaiterait partir (la quitter) et faire des études. Couvé par sa génitrice et entouré par sa tante, sa cousine Jennifer (nympho, frustratrice, « salope sadique ») (il n’y a pas un seul homme), il s’évade dans la lecture répétitive de ‘Jonathan Livingston le goéland’, de ‘Siddhartha’ de Hermann Hesse ou du ‘Prophète’ de Khalil Gibran….ainsi que ses rêves humides (il se masturbe souvent ce jeune homme, meurtrissant sa verge autant que sa cousine)

Sa mère avança vers la porte et Galen marcha jusqu’à sa cousine. Les branches du chêne s’étendaient sur quinze mètres dans toutes les directions. Ils avaient joué là, enfants, ils avaient joué à l’ombre des heures durant, avec des Barbies et des G. I. Joes. Salut, dit Jennifer.  Galen s’efforça de ne pas regarder. Mais elle avait posé un pied sur le banc, le genou relevé, elle portait une jupe courte et il apercevait sa culotte bleu clair, il apercevait la peau lisse de sa cuisse. Elle avait dix-sept ans et il la reluquait discrètement ainsi depuis au moins quatre ans, insoutenable. Il baissa les yeux vers l’herbe qui lui arrivait aux tibias. 

Hé, dit-elle. T’as bonne mine. Trop canon. J’adore ta dégaine à la « Je ne prendrai plus jamais de douche. » Les clochards sont tellement sexy. Tu prends assez de douches pour nous deux. 

C’est vrai, dit-elle. J’aime comme ma peau est douce, après. Elle fit glisser ses doigts sur l’intérieur de sa cuisse. C’est incroyable, dit-elle. Tu veux toucher ?  (page 19)

‘ Au pays des cinglés, dit Galen. C’est là que tu vis depuis un moment. Regarde-toi, avec ton putain de thé et tes sandwichs. Réfléchis une seconde, qui s’amuse à faire semblant toute la journée ? C’est qui, qui s’amuse à faire semblant toute la journée ?’ (p.153)

Le rythme lent (comme écrasé par la chaleur californienne) :

« Galen extatique, son âme tout entière débordante d’amour. Son pied sur la surface, froide, le souffle de l’eau et c’était une bonne chose, il allait y arriver, mais son pied s’enfonça, et il bascula, essayant de maintenir les paumes vers le ciel, essayant de sauver l’instant, essayant de ne pas perdre la foi. Le pas suivant serait assuré, il posa donc l’autre pied mais il s’enfonça à son tour, Galen se tordit la cheville sur la pierre en dessous, il tomba en avant, heurta l’eau tête la première dans un choc glacial, la respiration brutalement coupée. Il aspira de l’eau, repoussa pierre et sable pour se redresser, battant des bras. Il toussa, chancela et tomba encore, la cheville tordue, trop faible pour y prendre appui, aussi se hissa-t-il sur ses fesses, et à l’aide de ses bras se traina à reculons sur la berge. Il rampa hors de l’eau et resta étendu par terre. Mais putain, dit-il. Quand est-ce que je vais y arriver ? »  (p.97)

va devenir hypnotisant,  progressivement plus sombre et pesant pour enfin s’embourber dans le tragique et la folie du désespoir. Un livre psychologiquement violent qui toutefois ne m’a pas vraiment transcendé.

J’avais du mal à y rentrer (et à y rester). Peut-être dû à la vague de travail incessant (depuis la mi-janvier)…. le manque d' »oxygène » – au sens propre que figuré –  (d’un rire aussi) m’a peut-être fait passer à côté d’un monument de la littérature à huis clos (terrible affrontement du fils et de la mère – âmes sensibles s’abstenir) – qui m’a paru parfois un peu longuet et « too much » sur les bords (« Psycho/Psychose » de Hitchcock et son Bates ne sont pas loins) .

Mediapart _ La deuxième partie du roman s’enfonce encore d’avantage dans la dérive et la psychose familiale, ce coup-ci dans un huis-clos entre la mère et le fils, asphyxiant et malsain.
Ce livre laissera une sensation amère et un peu écœurante, que l’auteur maîtrise complètement. Dans une précédente interview que David Vann nous avait accordée à l’occasion de la sortie de Désolations, l’auteur nous parlait en ces termes de Dirt : « Ce coup-ci il n’y aura pas d’Alaska, pas de père, pas de suicide ni d’île. Mais une mère et son fils dans un paysage brûlant ».  La problématique familiale n’a pas fini de hanter David Vann. Si ses deux premiers livres abordaient la figure paternelle, associée des paysages froids et glacés, c’est à présent la figure maternelle, incarnée dans une chaleur sèche et envahissante qui est ici décortiquée.
C’est un livre intéressant, dur et sans pitié, peut-être moins abordable que ce à quoi nous avions été habitués. La deuxième partie souffre de beaucoup de longueurs, mais les amateurs de cet auteur ne seront pas complètement déçus.

Excellente traduction de Laura Derajinski. Je vais certainement lire un jour un autre livre de cet auteur

A propos lorenztradfin

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Un commentaire pour Dirt – Impurs

  1. Réaction peut-être bizarre mais instantanée. Cette critique me donne envie de relire GENITRIX de François Mauriac qui abordait avec une maîtrise toute classique la relation mère-fils.

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