Rome en un jour

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« Qui c’est? dit Benoit, désignant un large type bronzé arrivant à grandes foulées sur le groupe. Le genre de baraque intimidante, développé du trapèze et qui se fout de votre opinion…..coiffant tout cela, un blond cendré dénotant de solides gènes vikings, des yeux assortis à l’Atlantique, une chiffonnade de chanvre pour la chemise, et aux poignets la quantité de bracelets, métal ou fils de couleurs, qui signale les affranchis. Le genre à faire de la voile mais aussi des investissements fonciers ainsi que, peut-être en dilettante, de la peinture non figurative. Le genre à déchainer chez les femmes des sentiments contrastés, maternels ou ancillaires, le genre qui donne envie de s’attarder. La preuve, dix lignes pour rien dire à propos de ce personnage totalement secondaire au passage, inutile d’espérer. » (p. 77)

« Rome en un jour » (Maria Pourchet).  C’est son 2e livre – je n’ai pas lu le premier. La 4e de couverture nous permet de « rire à chaque page non sans un certain effroi » – pour le dire d’emblée – j’ai souvent souri mais pas ri.

L’extrait choisi presque au hasard montre toutefois que Mme. Pourchet a du savoir-faire pour évoquer chez les lecteurs en quelques mots un personnage, de le rendre vivant par une langue corrosive et bien sentie. Le livre tout entier fourmille de petites scènes de ce type et la lecture procure ainsi en effet un plaisir certain.

L’histoire à priori savoureuse (4e de couv’): « Paul était devant le poste, à mille lieues d’envisager qu’on pût lui réserver un anniversaire surprise fin juin, lui natif de février… »
Sur le toit-terrasse d’un hôtel parisien, en attendant qu’on leur serve quelque chose à boire et que Paul apparaisse au bras de Marguerite, les invités prennent possession des lieux. Peu à peu, la soirée dérive loin du projet initial.
A l’autre bout de la ville, Marguerite tente en vain de convaincre Paul de sortir sans dévoiler la surprise. C’est le début d’une guerre dont les proportions vont bientôt leur échapper à tous les deux.
Maria Pourchet explore le fonctionnement d’un couple contemporain, les origines de son désastre mais aussi l’étendue des solitudes, chacun tentant d’échapper à l’autre, à la vérité, à lui-même. On rit à chaque page… non sans un certain effroi. »

Le livre, bien rythmé passe d’une « scène » – le toit de l’hôtel à l’appart ou le couple va se déchirer – avec des petits apartés, des descriptions au vitriol… finalement c’est comme le scénario d’un film (p.ex. genre Bacri/Jaoui) avec un humour corrosif et une grande finesse d’observation. Cependant, pour rester dans la cinématographie, malgré des efforts pour aérer par les apartés, l’auteur insinue un tout petit ennui  par le choix de la technique du « champ-contre champ » un peu trop mécanique. Et les personnages restent schématiques.

Au fil des qqs 200 pages j’étais finalement plus intéressé aux turpitudes du couple qu’aux invités boboisants à l’hôtel (qqs très bels exemples de glissement de terrain et ouvertures de trous béants dans les disputes…. comme disait Balzac je crois : « Oublier, c’est presque toujours se souvenir » – dans les disputes les débris balayés sous le tapis ressortent toujours un jour ) :

Commentant les liens, pas toujours clairs, qu’elle ne pouvait s’empêcher d’établir entre l’accès de Paul à l’emploi, leur accès à la propriété et son accès à la maternité, elle avait un peu insisté sur ce travail que Paul n’avait pas su conserver. Et ensuite sur tous ceux qu’il n’avait su prendre. Elle les avait évoqués un à un , rappelé les excuses que Paul avait trouvées, innovant chaque fois pour échapper au salariat, ou simplement à la rémunération . C’était trop loin, c’était trop peu, tel employeur avait mauvaise réputation , tel autre était sous alerte financière, untel avait la poignée de main humide. Les occasions que Paul ne voyait pas arriver, les offres qu’il ne sentait pas , les gens dont il se méfait, les gens dont il était sûr qu’ils se méfiaient. Toutes les proies lâchées pour autant d’ombres, pas même des ombres, des fantasmes…. 

mais en fermant le livre j’ai ressenti comme un air d’inabouti. C’est finalement une nouvelle gonflée aux stéroïdes de mots modes – qu’une Yasmina Reza aurait (peut-être) transcendé.

Toutefois, lecture somme toute plutôt agréable sur la solitude des uns, les caprices des autres, les non-dits …. et cela avec des formules qui font souvent indéniablement mouche.

A propos lorenztradfin

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3 commentaires pour Rome en un jour

  1. Entièrement d’accord avec toi, Bernhard : du coup je ne suis pas motivée pour rédiger un article dessus ! Bises et très belle année 014.

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