Plongé – coulé

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Un homme (César – le même personnage (double de l’auteur?) – qui se racontait déjà dans le roman « Birmane ») enquête sur la femme qu’il a aimée. On l’a trouvé morte sur une plage d’Arabie – loin d’Europe donc où elle avait laissé le narrateur avec leur petit garçon. Son nom Paz (l’Asturienne). Photographe, fantasque, solaire, inquiète, incroyablement douée, elle ne se sentait plus bien en Europe. César écrit le livre-vérité-vraie pour son fils, retrace le fil de leur amour, leur rencontre, les débuts puis l’ascension de Paz dans le monde de l’art, la naissance de l’enfant, et cherche les raisons qui l’ont fait « plonger ».

Ce long roman de Christophe Ono-Dit-Biot (plus de 400 pages), trouvé chez mon bouquiniste à moitié prix, ne m’as pas particulièrement  passionné. Pourtant je suis y allé avec un a-priori positif : j’avais assez aimé un des précédents : « Birmane » et le livre venait de recevoir le Grand Prix de l’Académie Française 2013.

Au début je me suis dit, ahh il se lit bien (je le pensais sur tout le 1er quart). Le début m’a assez happé, j’aime bien les histoires de naissance d’amour. Le lecteur fait en tour dans les Asturies, de plus à Gijon, ville au j’ai eu le plaisir de passer 3 mois à l’université Menendez Pelayo  il y a maintenant plus de 35 ans…. Et Ono-Dit-Biot m’a fait ressentir l’air iodé et les paysages sauvages. Toutefois, après ces premières 100 pages alertes et colorées, j’avais de plus en plus l’impression d’être dans un Harlekin amélioré, truffé d’indications d’un guide de tourisme. La belle, brune et rebelle Paz devenait pour moi de plus en plus factice, fabriquée de clichés et/ou caricaturale.

Peu à peu, en avançant dans le récit, le journaliste César  («J’écrivais aussi des romans. Mais à l’époque, j’avais arrêté, parce que écrire un roman est un marathon, et que j’avais préféré me mettre au sprint» (p. 41) «Je veillais sur les marches de l’ancien monde, puisais aux vieilles sources et les mêlais aux eaux pétillantes de la modernité pour concevoir mon propre cru» (p. 45) devenait, lui aussi, peu à peu une caricature pour moi. César avait fait des reportages sur le terrain (tsunami de 2004 en Thaïlande, la guerre au Liban) et après un « drame » n’a plus envie de quitter l’Europe (je n’ai pas compté mais cet attachement à l’Europe « sûre » nous est assenée une dizaine de fois au moins).

Truffé de considérations – tout à fait acceptables, mais teintées (à mon goût) d’un parisianisme écœurant) –  sur l’Art, le monde de l’Art (et ses mondanités), sur le monde, moderne, celui d’aujourd’hui….(toutefois quel ennui les dialogues lourdes p.ex. à partir de la page 264 (Le polémiste)… le récit aurait pu être captivant et/ou intéressant, mais je me suis poliment ennuyé et me suis permis de feuilleter souvent assez rapidement (sauf les dernières 50 assez denses et plus profond aussi).

Par ailleurs, j’ai également perdu assez rapidement l’intérêt de tout ce qui a touché les requins : Il faut savoir que Paz avait adopté un requin (dénommé Nour) http://www.plongeur.com/magazine/2008/04/10/adoption-requin, requin qui est devenu son « premier enfant » (ou plutôt le frère de son enfant réel avec César) – et pourtant cet élément constitutif de Paz m’a paru trop métaphorique, tiré par les cheveux pour être convaincant et m’a donnée une peau écaillée froide  …. (une amie qui a lu le livre en même temps a par contre énormément aimé ces passages….)

On voyage bcp dans ce livre (une vrai évasion deluxe) – de Pollença au Triangle d’or en passant par le mont Athos et la mer Égée, Panshir, d’Abou Shourouf, au cœur de l’oasis de Siwa, Salto Angel, les toits du Caire et/ou Trivandrum (Kerala), Pukhet, Venise….

Pour clore – Grâce à Christophe B. je sais maintenant que je veux du bien à quelqu’un quand je cuisine: « À côté, Paz cuisinait. Des ondes d’amour me parvenaient de la cuisine. Car quelqu’un qui fait pour vous la cuisine vous veut forcément du bien. Une fille du XXIe siècle, qui après des décennies de féminisme ne se contente pas de mettre au micro-ondes des barquettes de plats cuisinés mais débarrasse de leur peau, à l’économe, de beaux légumes et met à nu leur chair orange, rouge vif ou jaune soleil, et ensuite les découpe avec un couteau bien aiguisé, et les fait dorer dans un fond d’huile d’olive; une fille pareille, prête à pleurer sous l’effet irritant des oignons qui n’agonisent jamais sans se défendre; une fille qui pose, comme elle le fait maintenant, un pain rond sur la table, une assiette de salade de tomates rouges comme ses joues lorsqu’elle aura fait l’amour, et quelques tranches de pata negra à la saveur de noisette, est une femme qui aime. Tout comme un homme qui lui tend un verre de vin en lui souriant avec calme, en ne mettant dans ce sourie aucun calcul, mais toute son âme, est un homme amoureux. » (p. 96)….

Je cite ce passage en long, parce que c’était après ce moment ô combien crucial mais – à mon sens too much – que je commençais à perdre mon intérêt pour la passion de ce Môssieur journaleux.

 

A propos lorenztradfin

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4 commentaires pour Plongé – coulé

  1. yv dit :

    Je n’étais pas vraiment partant au départ, et puis, j’i lu quelques critiques assez désastreuses, dont le tienne, du coup, non seulement, je ne suis pas partant, si d’ailleurs, mais dans l’autre sens… je fuis

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  2. Je m’en doutais, je m’en doutais que c’était pas terrible, car toi, Bernhardt, tu ne t’es pas farci Birmane, hein ? Bises et merci du sacrifice.

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    • lorenztradfin dit :

      Hah….tu vas rire, mais j’avais lu « Birmane » et n’avait malgré quelques « affèteries » pas détesté….à l’époque j’avais même apprécié le « voyage » dans le lointain. là il y a au moins 150 pages de trop et…. j’arrête cela n’a pas de sens…. Je te remercie pour ton passage!!

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