Patûrage d’oiseaux

Deux fois en un laps de temps assez court des oiseaux hantent les titres des livres que je lis.

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Après le formidable « Le monde sans oiseaux » (K. Serre) je vous parle aujourd’hui d’un livre qui n’est pas (encore?) traduit en français. Il s’agit de « Vogelweide » (de Uwe Timm) que j’ai découvert il y a 20 ans avec « Die Entdeckung der Currywurst » (La découverte de la saucisse curry – 1993 http://www.seuil.com/livre-9782020221054.htm) et dans un registre autrement plus grave « Am Beispiel meines Bruders » (2003 – A l’exemple de mon frère http://www.albin-michel.fr/A-l-exemple-de-mon-frere-EAN=9782226158635livre « réflexion profonde sur la responsabilité collective au récit émouvant d’une histoire particulière« ).

Le nouvel opus de cet auteur de 74 ans raconte avec une gravité émouvante l’histoire de deux couples qui étaient heureux, jusqu’à ce que la force du désir ébranle leur vie. Histoire contemporaine du/des couples qui est/sont aujourd’hui constamment mis en question, les règles de jeu de la vie, l’art de se dire au-revoir, de se retrouver, recomposer dans une société tendant à la superficialité, sacrifiant au temps qui presse, au déluge des ambivalences des sentiments et/ou du toujours plus.

Insel

Le narrateur se trouve pour 6 mois sur une petit île du Nord d’Allemagne (avec ces fameux paysages et grèves du « watt »).  Après l’echec de son couple, de son amour, après la faillite de son entreprise il s’est « refugié » sur cette île et y occupe un poste d’observateur des oiseaux…. Descriptions très belles de la mer, du sable, du vent, des oiseaux et de la solitude de cette île… et toujours les voyages dans le passé dans sa tête, déclenchés  par l’annonce son ex-amante de venir le voir et parler pendant deux journées – « puisqu’il est temps qu’on se parle ».

Analyse rétrospective de la naissance et des manifestations de l’émotion, du désir, la perception des vibrations entre deux êtres, de ses ravages & bonheurs (mais pas dans la veine d’un Lionel Duroy). Ou le discours autour du Kairos, le moment du basculement « décisif » et sa notion d’un avant et d’un après…..Entrecoupé par des dialogue-réflexions philosophiques (  p.ex. Adorno : attraction & refus).

Le roman dense a un côté encyclopédique (l’amour sous toutes ses formes d’expression), mais cela ne m’a pas gêné. L’auteur ne nous force pas d’accepter sa vision, il incite à la réflexion mélancolique avec cette histoire ou fourmillent les contradictions des personnages. Langue sensible, formidablement ciselée qui épouse les évolutions de note époque qui en tournant autour du sujet constate que c’est impossible de trouver les mots…..

Roman qui m’a conquis et qui sera, je l’espère, traduit, comme les précédents de cet auteur. Je serai alors particulièrement attentif  au rendu de certains passages, à mon sens, particulièrement difficiles à transposer en français. Ainsi p.ex. le très mais plutôt dans le sens « consolation par le regard » (le regard que je pose sur toi me console).

Ou le « Ja, in dir, denkt er, außer mir sein. » (il pense, oui, être hors de moi/ perdre tous mon bon sens tout en étant en elle/avec mon sexe en elle)

A propos lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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