Plata quemada – Argent brûlé

Drôle de roman zulma-esque noir: en exergue une phrase de B. Brecht: « Il y a pire que braquer une banque : en fonder une. »

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Le ton est donné. Ricardo Piglia ( bien traduit par François-Michel Durazzo* ) nous raconte une affaire « mineure et desormais oubliée de la chronique policière » argentine. Travail de fourmi de longue haleine (la naissance de l’idée du roman se situe en 1966, début de recherches en ’69 et après un abandon reprise de l’écriture en 1995).

Braquage sanglant à Buenos Aires (salaires des fonctionnaires de la ville), course poursuite (sanglante), assaut (sanglant) de la cache des braqueurs….« Malito, le chef, avait pensé à tout : il avait établi les contacts avec les politiques et les flics qui lui avaient passé les infos, les    plans dans les moindres détails avec les noms de ceux à qui on devrait remettre la moitié du paquet. Cela faisait beaucoup de gens sur cette affaire, mais Malito pensait qu’avec dix ou douze    heures d’avance, on pourrait tous les planter et filer avec le flouze en Uruguay.  (p.14)»

Piglia s’est base pour l’écriture sur les articles de journaux de l’époque, les transcriptions des interrogatories ainsi que (bcp polus impressionants des enregistrements secrets realisés par la police dans l’appartement (ou les braqueurs se sont refugiés) , témoignages  des avocats de l’époque, de quelques témoins, une interview d’un des protagonists….

Ce qui fait un tableau restituel complet, un peu bigarre….avec des passages très document d’époque – un peu genre Truman Capote – , des récits à 100 à l’heure, lardés de monologues hallucinants (les pages 95 – 99 sont tout simplement époustouflantes – « en taule, raconteait-il parfois, j’ai appris ce qu’est la vie : t’es dedans, on te brutalise, t’apprends à mentir, à ravaler ta haine… tu vis dans ta tête, tu t’y réfugies, tu t’inventes une autre vie, dans ta caboche, tu vas, tu viens, en pensée, comme si t’avais un écran, une télé perso, tu te branches sur ta chaîne à toi et tu vois defiler la vie que tu pourrais vivre en ce moment, pas vrai, frérot…. » ou de dialogues que Queneau ou Beckett n’auraient pas reniées….

J’ai beaucoup aimé la première moitié du livre, le (long) récit éclaté de l’assaut de la cache m’a cependant laissé assez froid (j’ai tourné les pages assez rapidement)….un comble pour une histoire de gangster….mais l’épilogue et les notes (historiques) ainsi que le site de zulma me suggèrent desormais que je n’ai pas lu du haut de la bonne perspective….Qué vergüenza

Notes du traducteur – sur le site de zulma :

http://www.zulma.fr/livre-argent-brule-555.html

Argent brûlé n’est pas un roman, mais le récit d’un fait divers qui défraya la chronique, sur fond d’agitation péroniste et de magouilles politiques. La violence des faits, la puissance des sentiments, la brutalité de la police dépassent parfois la fiction et tous les ingrédients d’une tragédie moderne étaient réunis. Ricardo Piglia aurait pu être tenté de réécrire l’histoire, d’en faire un roman basé sur la réalité. Il a préféré rester fidèle aux faits, à l’enquête, quitte à superposer parfois les différentes versions que lui offraient ses sources et à donner au texte le caractère d’une mosaïque, en mettant entre parenthèses les incises qui laissent à chaque témoin la responsabilité de sa parole. La longue enquête de l’auteur et l’accès à des documents confidentiels de source judiciaire, à la transcription des écoutes policières, à divers témoignages, ainsi qu’aux coupures de presse qui couvrirent l’événement, impriment leur marque au récit et renouvellent de manière magistrale le roman noir argentin. Le récit progresse, par petites touches, à mesure que chacun des témoignages apporte un fait nouveau ou corrobore un détail. Le narrateur, démultiplié par les témoins qu’il cite, circonscrit peu à peu la réalité humaine qui donne de la cohérence et de l’épaisseur aux portraits. Sans ces matériaux Malito, Bébé Brignone, Gaucho Dorda et Mereles le Corbeau sembleraient presque irréels.

Cependant, loin de s’en tenir à la chronique policière, Ricardo Piglia ponctue le récit d’incursions dans le passé de ses personnages, sans tomber dans le travers de la digression. L’intensité de l’expérience ou la proximité de la mort font souvent ressurgir le passé. Chaque personnage est alors confronté à ses propres fantômes. L’évocation par Brignone de l’univers carcéral, de son oncle Federico, celle de la petite Slave qui vient hanter Gaucho Dorda sont autant de moments poignants qui nuancent le portrait des voyous en les rendant humains. Dans ces moments-là Piglia excelle. Comme dans Respiration artificielle ou la Ville absente, les micro-récits donnent une respiration et un ton unique à la narration. Tout en refusant de s’enfermer dans une seule forme d’écriture – Argent brûlé est son premier thriller –, l’auteur a su rester fidèle aux faits évoqués et fidèle à lui-même. Son double Emilio Renzi, la figure de l’enquêteur présente aussi dans les précédents romans, en est la preuve.

A propos lorenztradfin

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2 commentaires pour Plata quemada – Argent brûlé

  1. Yv dit :

    Tu me tentes quand même…

    J’aime

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