La nuit en vérité

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Dernier et dixième roman de Veronique Olmi …

– et 2e pour moi, hannibal-lecteur. J’avis lu un de ses premiers romans : « Bord de mer » livre qui m’avait « scotché » par la déscription d’une femme (borderline) et ses enfants ….avec une montée de la tension crescendo …dans une ambiance étouffante…et une fin (quais inoubliable). Ah, ce livre, il avait laissé des traces et m’a (probablement) empêché d’en lire d’autres livres d’elle – pourtant elle est prolifique.

Là, en apparence une histoire moins suffocante.

Enzo, un garçon un peu « trop gros » (12 ans, mais faisant 15), toujours habillé en noir (. Il vit seul avec sa mère, Liouba dans un appartement luxueux sur le jardin du Palais Royal. Elle a eu Enzo à 17 ans, et se trouve encore « dans les vingts », comme elle disait….Elle s’accrochait à ses vingt-neuf ans comme si juste après il y avait une chute inévitable qui la ferait atterrir dans un immense filet se resserrant un peu plus chaque année, le piège du temps qui marquerait de ses rets son visage, son corps…. » (p. 25). Ils habitent l’appartement (« avec des pièces en trop ») puisque elle est femme de ménage/gardien de personnes (très) riches souvent absents (et revenants à l’improviste …quand on ne les attends pas…

Enzo est le souffre-douleur de sa classe (et en effet V. Olmi décrit des évènements qui rappellent des faits-divers …..horribles). Il est different, et il est particulièrement éveillé:

« Enzo aimait bien le cours d’anglais. C’était un langue qu’il trouvait distinguée et polie, il aimait dire « Darling », ‘I’m sorry so sorry », ou « shit » en faisant glisser le mot, qui devenait une chute, une reddition, tout était beau en anglais, les gros mots mincissaient sous l’effet de la prononciation, la langue contre les dents quel raffinement, l’enfant rêvait en regardant les photos dans le livre, Buckingham Palace, Hyde Park »

Le récit – structuré en deux parties, je dirais – avance par petites touches et glissements qui dévoilent les fractures et douleurs (des deux personnages) – avec un va-et-vient des pensées du garçon (très mur mais finalement mal dans sa peau et particulièrement sensible), dialogues entre mère et fils, narration en 3e personne de ce qui arrive à Enzo….et surtout, avec sa belle plume, des pointillés d’ambiance : « Le soir glissait dans l’appartement. L’Enfant eu l’impression qu’il tendait vers lui ses couleurs grises, comme une main.… » (p. 88)

Mille sujets traités sur fond de tension et/ou malaise qui monte : maternité, la/les condition(s) sociale(s) – nantis vs malmenés par la vie  -, l’adolescence, la recherche des origines, la mort, la vie, les guerres (ahh ces soldats russes qui « entrent dans la vie » d’Enzo…….)….

Roman plutôt lent et introspectif et pour moi – malgré (ou à cause?) de son écriture travaillée, pas vraiment convaincant (je me suis vu décrocher, perdre l’intérêt pour Enzo à certains passages – un peu trop longs? un peu trop « écrits » pour être vrai…?)

De plus, pour moi, souvent un décalage entre l’écriture (parfois magnifique, ciselée – parfois relachée ) et les personnages (voir l’extrait sur la musique écouté par la maitresse/Madame) – j’ai eu l’impression que V. Olmi visait plus une certaine efficacité qu’une seismologie précise des sentiments (qui pourraient expliquer le dénouement pas très gai….

Un autre exemple – avec la B.O. en plus – qui illustre, à mon avis – le travail d’orfèvre qui soufflé le chaud et le froid….

Allegro-Cadenza

https://www.youtube.com/watch?v=tMk7XscpB4w

« Le « Concerto n° 23 » de Mozart commencait comme sa vie, pensait Liouba en savonnant ses longues jambs maigres : les instruments s’entrainaient, c’était à qui mettrait le plus d’ambiance, ça donnait envie de plonger dans la rivière, de danser au soleil. Sur la pochette du CD elle lut « allegro-cadenza » et ça aurait pu nommer ses dix premières années. Mais parfois le piano jouait solo et ça annoncait plus rien de très allegro, le pianist lançait de brefs avertissements et le morceau suivant, nommé « adagio » était celui que Madame mettait à fond les batteries, et qui vous glacait le sang. Mozart devait savoir ce qui se cache derriere la joie... » (p. 257)

Adagio

https://www.youtube.com/watch?v=j8e0fBlvEMQ

Toutefois une lecture qui me sortait de mon train-train de traducteur à la chaine (actuellement).

SP reçu grâce à l’opération « On vous lit » de Libfly, en partenariat avec le Furet du Nord et les éditions Albin Michel. J’ai reçu le livre (en version « épreuve non corrigée ») par Philisine Cave – voir sa critique : http://jemelivre.blogspot.fr/2013/08/la-nuit-en-verite-veronique-olmi.html – Un très grand merci à elle (et à Brigitte C.) .

A propos lorenztradfin

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3 commentaires pour La nuit en vérité

  1. Complètement d’accord avec vous et sur tout ! D’ailleurs, j’ai du mal à trouver des citations dans un livre en général mais là, pour celui-ci, j’en ai repéré deux qui m’ont touchée (car elles tombaient juste, elles étaient parfaites). J’ai été noyée par les soldats russes même si leur intrusion dans l’histoire est bien amenée. C’est un livre très sombre sur la nature humaine. J’y ai entrevu très peu de joie et de lumière et cela m’a manqué. J’ai contacté Argali pour la suite. Je vous tiens au courant dès que possible.

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  2. lorenztradfin dit :

    …ok – merci Philisine – c’était un plaisir …. et ravi de cette concordance de vue…indépendante de ma volonté.

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  3. Yv dit :

    J’avoue avoir été un peu déçu par ce roman finalement assez attendu. Mais bon, mon côté raleur sans doute

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