« What I lived for » – Corky

9782234071926

http://www.editions-stock.fr/livre/stock-422157-Corky-hachette.html

Jerome Corcoran, Corky, a huit ans lorsque son père est assassiné sous ses yeux. Trente ans plus tard, Corky est l’exemple même de l’homme à qui tout sourit. Promoteur immobilier florissant, conseiller municipal à l’avenir politique prometteur, il laisse toujours de larges pourboires qui lui assurent une certaine renommée dans la ville de Union City. Bel appartement, les femmes lui tombent dans les bras. Mais il n’y en a qu’une qui compte, Thalia, la fille de son ex-femme. Elle a disparu et semble impliquée dans un scandale politico-financier des plus envahissants.
Joyce Carol Oates parvient à se glisser admirablement dans la peau d’un homme, dans ses forces et ses faiblesses et bien sûr sa libido.

Quel roman …dans une traduction éblouissante de Claude Seban (chapeau!) http://blog.atlf.org/?tag=claude-seban  ,….4 jours (Memorial Weekend – 22. – 25.5.1992) dans la peau de « Corky » Corcoran, quasi-claustrophobiquement concentrés sur sa vie, ses actes, ses pensées…

Joyce Carol Oates, l’auteur « féministe » qui écrit depuis 1963 et varie ses plaisirs, s’est lové dans la tête d’un homme symbol de la tragédie de l »american way of life ». Ce n’est pas un homme sympa’ (je pense même que notamment les femmes qui liront ce livre vont le détester). Né dans un quartier ouvrier irlandais dans la ville Union City (fictive), ce raciste, antisémite, homophobe, penseur en dessous de la ceinture, devenu riche dans l’immobilier, divorcé, coureur de jupon (les femmes sont des objets…proche du kleenex) a toutefois la réputation d’être « le mec le plus gentil de Union City » et peut parfois vous sortir des pensées étrangement innocentes, presque enfantines…toujours à la paranoiaque recherche de l’approbation…..

Sans que cela explique tout, faut savoir  qu’il a assisté tôt dans sa vie à l’assassinat de son père (voir extrait de la 1ere page ci-dessous), que sa mère est morte dans un hôpital psychiatrique  et qu’il a été elevé par son oncle, que son mariage avec une héritière riche l’a élévé dans des strates de la société auxquelles, adolescent, il ‘aurait jamais pu prétendre…

Le roman est un maelstrom, que dis-je, un vortex de pensées… quasiment un procès-verbal minute par minute des reflexions qui se bousculent, des opérations, actions de cet homme (toujours en mouvement, toujours tourmenté par des angoisses ou des idées qui fusent…) et qui n’arrête pas à faire les mauvais choix…Un homme pour qui Thalia, la fille de son ex-femme compte énormément (la description des rencontres entre les deux est d’une ambiguité perturbante (notamment p.344 ff)…

Tout ce va-et-vient se reflète aussi dans la structure de la syntaxe (parfois des phrases longues d’une page, parfois hachées, rapides…) – des sautes de pensées, présent-passé…une action, une phrase peut déclencher un petit tour dans le passé…et cela parfois dans un même souffle, dans la même phrase.

4 partie (pour chaque jour une – + un prologue + un épilogue (« typiquement » américain), myriade de personnages ….

James Joyce (en exergue une phrase de « Ulysse »), Babbitt (S. Lewis) et John Updike ne sont – à mon avis pas loin dans cette peinture d’un homme des années 90.

Les 754 pages du livre sont exigeantes – et je dois avouer que je vais maintenant passer à un livre plus « cool », plus « facile » pour respirer un peu après cette apnée, mais quel plaisir de lecture, qui m’a souvent scotché (pas toujours….parfois, comme dans un film américain ou cela n’arrête pas de parler/expliquer, Corky, l’alcoolique,  m’a soûlé littéralement et j’ai souvent arrêté la lecture pour souffler…..

« ...Il raconte à Christina ce qu’il n’a jamais raconté à Charlotte, dont l’enthouisasme pour les projets de Corky était temperé par le plaisir qu’elle prenait à les critiquer, et en s’entendant parler Corky se demande s’il n’en dit pas trop, ne se confie pas trop, mais qu’est-ce que ça fiche, Christina est sa maîtresse pas sa femme et pas du genre à le doucher en lui demandant ou il compte trouver l’argent, y compris de quoi payer un acompte, pour un projet aussi extravagant, un pareil caprice, ni pourquoi, en pleine récession, un homme sain d’esprit irait  engloutir six millions de dollars dans le centre-ville alors que.…. »(p.87)

Enfin, à noter, outre la charge contre le capitalisme, le mode de vie américain, quelques scènes charnelles /de sexe magnifiquement décrites (à des km lumière de « 50 shades of Grey » – dont quelques pauvres lignes glanées m’ont suffi pour décider de ne pas acheter le livre)…même si le post-coïtum animal triste de cet homme est parfois effrayant.

Le début du roman:

Dieu se déchaîna dans un fracas de tonnerre et de verre brisé. Dieu fulmina, assourdissant, dans le ciel hivernal, lourd de nuages d’orage au-dessus du lac Érié. Dieu fut six coups de feux staccato, une explosion de verre pareille à un rire dément, et les hurlements de pneus d’une voiture accélérant brutalement dans Schuyler en direction de l’est. Dieu frappa soudainement, sans avertissement. Sans pitié. Sous la neige légère et poudroyante de ce soir de Noël. Le crépuscule, en réalité : le jour, court, gris comme cendres, s’assombrissait tôt, dès 16 h 20. Timothy Patrick Corcoran, qui accrochait une couronne de Noël à la porte d’entrée du 8 Schuyler Place, le dos à la rue étroite, reçut la première balle dans le bas du dos, la deuxième fracassa ses vertèbres et lui laboura les poumons, la troisième manqua sa cible et la quatrième l’atteignit à la nuque, se logeant à la base du crâne alors même que, les yeux écarquillés de stupeur devant la Mort, entraînant la lourde couronne dans sa chute, il s’effondrait sur le perron en éventail qui se mit aussitôt à luire de son sang. Il toussait du sang, s’étouffait dans son sang. Un sang dont la couronne serait trempée, elle aussi, une couronne ornementale au parfum riche et violent, énorme, lourde, achetée l’après-midi même, une belle couronne pour la belle demeure toute nouvelle du 8, Schuyler Place, soixante-quinze centimètres de diamètre, des baies d’un rouge si vif qu’elles étaient peut-être synthétiques, un noeud de satin d’un rouge si criard qu’il était peut-être en plastique. Un fil de fer, délogé par le poids du mourant, lui entrerait dans la joue gauche, perçant la peau. Lorsque le corps serait soulevé et retourné, la couronne se soulèverait un instant avec lui avant de retomber. Timothy Patrick Corcoran, trente-six ans, un mètre quatre-vingtneuf et quatre-vingt-seize kilos, était un homme imposant et musclé, un homme qui ne supportait pas l’incapacité physique ; il tomba pourtant lourdement et sans grâce, agrippant d’abord la porte contre laquelle l’avait projeté le martèlement des balles, puis la couronne et sa poitrine où avait explosé une douleur au-delà de toute douleur, s’écroulant, sa jambe gauche sous lui, sur le perron de béton qu’il avait débarrassé au matin d’une neige glacée et que recouvrait à présent une mince couche poudreuse de neige fraîche. Les troisième, cinquième et sixième balles percutèrent la porte, brisant le vitrail arrondi comme un soleil levant, se logeant dans un mur du vestibule et dans l’épais bois de chêne du battant. Elle avait de la hauteur, cette porte, et de la superbe. En plus du vitrail, elle s’enorgueillissait d’un énorme heurtoir de fer forgé fi gurant un aigle américain et d’un bouton de cuivre si brillant qu’il semblait illuminé de l’intérieur. La porte aussi serait éclaboussée du sang de Timothy Patrick Corcoran. Et son sang poisserait le bouton de cuivre étincelant. Comme si, dans un spasme ultime de sa volonté farouche et indomptable, le mourant l’avait empoigné avec l’intention d’ouvrir la porte et de rentrer chez lui. Dans sa maison, bien qu’il ne l’eût pas construite, mais seulement rénovée.

A propos lorenztradfin

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5 commentaires pour « What I lived for » – Corky

  1. Interesting.. une question pourtant, pourquoi tu n’as pas lu ce livre en VO – donc en anglais/américain?

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  2. Cher Bernhard, vous m’intéressiez vraiment avec ce livre et votre chronique, jusqu’à ce que je découvre le nombre de pages : 754 pages (vous voulez ma mort ou quoi ? pour moi, cet investissement n’est pas possible pour l’instant). Je vous embrasse quand même.

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    • lorenztradfin dit :

      Merci de m’embrasser quand-même. Soyez assuré que je ne veux la mort à personne, ni par overdose de mots, ni par d’autres moyens… Mais je ne suis pas surpris de voir très peu de critiques de ce livre dans le http://www….. Continuez à bien investir ou bien vous investir…votre blog et vs lecteurs le méritent bien!

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  3. Ping : Nu intérieur | Coquecigrues et ima-nu-ages

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