Le psy & Fesch

Je pose un autre livre de la liste du Livre Inter 2012 – qui est vraiment un bon crû (les discussions de notre jury seront passionantes)- : « Comme un frère » de Stéphanie Polack.

Plongée dans les années 50, quête intime et familiale, portrait d’une femme qui tente de prendre le contrôle de sa vie, la justice dans les années 50……

Un peu déboussolé du début – voir l’extrait ci-dessous de la première page (et ça continue ainsi pendant une trentaine de pages avant de s’assagir, de trouver le rythme d’une quête sur un oncle angélique et assassin qui s’est brûlé les ailes et a été guillotiné ….)

« Diane ne pense plus à rien. Elle rêve. Penchée sur la carte Michelin, elle observe les méandres des départementales en jaune, des nationales en rouge. Elle se concentre et mémorise le nom des golfes, des points où elle aimerait peut-être s’arrêter. Il n’y a pas d’autoroutes. Les côtes sont échancrées, comme arrachées. On dirait un lambeau, un fragment prodigieux, émergé, posé ou jeté là comme une pièce de puzzle, échoué. C’est une presqu’île. Diane circonscrit des quartiers, définit des zones arbitraires. Le temps s’étire, ne semble plus passer. Elle se sent bien, presque heureuse. Quand elle lève les yeux des taches et des courbes du plan où se matérialisent ainsi les dénivellations, les reliefs, la morphologie des forêts et des lacs, la richesse comme la monotonie topographiques de certains endroits, ici, miniaturisés, rendus tangibles et nets, elle sourit et dérive, redresse la tête et regarde, loin, à la convergence de droites imaginaires dont le tracé se défait d’un coup puis disparaît en une ligne unique, un horizon fantôme, qu’elle fixe, juste un instant, dans une drôle d’extase négative s’y raccrochant juste le temps qu’il faut pour faire place aux images. … »

J’ai lu avec bcp de plaisir la recherche historique, les aspects policiers, la vie  sur l’oncle, sa vie, le fait divers (qui a fait – voir sur le net – beaucoup de bruit et a incité bon nombre d’auteurs de tous bords)….j’étais un peu plus perdu avec les errances et la fragilité de Diane, ces valses hésitations sur le canapé de son psy (ah les jeux de mots lacaniens)….mais dans l’ensemble il y a une belle musique avec des fulgurances et envolées poétiques dans ce livre qui résonnent un certain temps.

« Ravir: emporter, emmener de force, par surprise. Le verbe est issu du latin populaire. La famille conserve l’idée de violence que comportent l’enlèvement, le cours d’un torrent. Même famille: ravisseur, rapacité, rapide, ravage……..elle aime sentir chez les hommes la possibilité de la violence. Elle aime qu’ils en soient capables pour mieux jouir d’éprouver qu’ils choississent, avec elle, de ne surtout pas y cèder. Elle aime qu’ils se dominent, passent à l’acte, elle aime les voir faire face….Il pourrait brusquer, il effleure. Il pourrait blesser, il caresse. Il pourrait négliger, il choie. Il chérit. Il renonce à ravager. Il ravit. Elle se laisse rapprocher…elle va et vient, comme lui, dans la fièvre, la flemme, entre résistance souriante. Et l’abandon. p. 122-123″)

A propos lorenztradfin

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