Kampuchea

On dirait que la séléction du Livre Inter est plus intéressante cette année qu’en 2011.  Je viens de terminer un autre grand livre, moins roman qu’excursion nomade dans l’histoire contemporaine et le colonialisme et ses prémisses au 19e siècle.

Patrick Deville, dont je n’ai encore rien lu auparavant (c’est son 10e livre), nous embarque dans un livre zapping et voyageur tout bonnement impressionnant.

Médiatations, reflexions, regards sur des paysages (et imaginer ce qu’ils furent), descriptions du passé colonial, rencontres avec les fantômes de  Henri Mouhot (c’est lui qui a découvert Angkor), Pavie, Lagrée, Garnier, Loti, Malraux, Conrad, Graham Greene, Coppola…. à l’ombre de Douch (S21), Pol Pot, Kieu Samphân, Sihanouk…noms qui résonnent parfois terriblement. Mais aussi David , Nicaragua….

En partant du procès de Douch, le tortionnaire, P. Deville remonte le Mékong et essaie de saisir « l’espace et aussi la fuite du temps » et nous emmène aux confins de la Chine, passant par le Viet-Nam, le Laos et le Cambodge.

« C’est assez vite emmerdant, ces exposés qui n’en finissent pas, les auditions qui se répètent, les témoignages qui se recoupent. C’est admirable aussi. Cette dilatation du temps. Un ou deux millions de disparus au Cambodge en moins de quatre ans. Toutes ces années pour juger cinq personnes . »

Un livre à lire avec une carte géographique à la main, on peut se sentir rapidement submergé par son flot d’images de noms….mais quelle érudition, finesse, sensibilité et mélancolie face à ces pays, cultures, politiques inextricables pris comme dans un étau et partagés entre les grands puissances (France, Angleterre, Russie, Chine…).

Un beau voyage parfois terrible que je vais certainement refaire :

« …au dévers d’une dune de sable blanc, des femmes descendent vers la rive. La soie émeraude  sur leurs corps, rendue plus étroite par le vernis de l’eau, colle à elles comme une peau. Les baigneuses pudiques sont des nudités qui sortent du fleuve laquées et scintillantes, au pas lourd de statues remontant vers la grève. ….Odeurs de bois brûlé, fumées légères. Hacures des montagnes bleues à l’horizon. Comme si tout cela voulait ressembler déjà à un dessin chinois.  » (P. 162)

A propos lorenztradfin

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