Divorce à l’iranienne

« Une séparation » (Joaeiye Nader az Simin) de Asgar Farhadi est un film qui mérite non seulement son prix (L’ours d’Or au festival de Berlin (Goldener Bär) mais aussi les adjectifs de pub qui nous assaillent dans les journaux ou sur les colonnes Morris …(normalement un moyen de me faire fuir les salles….), toutefois tous le monde autour de moi me le conseillais, M. encore récemment (et elle s’y connaît), notre amie actrice A.P. …et je n’étais pas déçu du tout.

Une histoire simple (un couple divorce, le mari en instance de divorce engage une femme pour veiller sur son père atteint d’Alzheimer; il va avoir une altercation avec cette femme (qui travaille sans l’assentiment de son mari), elle perd un enfant à naître. Confrontation(s) devant le juge. Jugement….

C’est tout, et tellement plus compliqué, d’une complexité effrayante. En 2 heures Farhadi dresse le tableau d’une société iranienne dans toutes ses contradictions et abîmes. « Quelle que soit l’approche tentée (de rendre compte du film), comme à vouloir démêler un écheveau, le film viendra à nous dans sa totalité, tant les différents éléments ne peuvent se séparer les uns des autres. » (Cahiers du Cinema – (CdC) juin 2011 p.56).

Finalement chacun a ses raisons, il y a les (petits/grands) mensonges, les zones d’ombre de tout un chacun, le carcan de la religion, le raisonnement à outrance, arc-bouté, la bourgeoisie, les couches sociales modestes ….et comme chez les frères Dardennes (auxquels j’ai pensé parfois) pas d’opinion affichée: le spectateur est – grâce à la mise en scène, à la construction autour « d’un plan absent, un plan aveugle* » (CdC), le montage en accélérations –  laissé seul, doit se faire soi-même son idée, son jugement (coupable, pas coupable?) – et ce n’est pas facile.

* la scène clé est rapide/furtive, jamais un plan nous soulage pour nous « montrer comment cela s’est vraiment passé »

Tout ça sous les yeux des enfants des protagonistes  (et on se pose la question de l’avenir pour cette génération….)

Vraiment un film à voir –  non seulement il y a une vraie histoire, avec des acteurs tous épatants et criant de vérité, mais on laisse le spectateur la liberté d’interprétation et de lecture (un pied de nez au gouvernement iranien?), la fin reste ouverte, et en même temps il y a une part de « documentaire » sur la société iranienne (avec une pensée à nos voisins de palier à Bagnolet....!)

A propos lorenztradfin

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Un commentaire pour Divorce à l’iranienne

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