3D- Déclic: Délicieux Diderot

 

DÉLICIEUX, adj (Gramm.) ce terme est propre à l’organe du goût. Nous disons d’un mets, d’un vin, qu’il est délicieux, lorsque le palais en est flatté le plus agréablement qu’il est possible. Le délicieux est le plaisir extrême de la sensation du goût. On a généralisé son acception; & l’on a dit d’un séjour qu’il est délicieux, lorsque tous les objets qu’on y rencontre réveillent les idées les plus douces, ou excitent les sensations les plus agréables. Le suave extrême est le délicieux des odeurs. Le repos a aussi son délice; mais qu’est – ce qu’un repos délicieux? Celui – là seul en a connu le charme inexprimable, dont les organes étaient sensibles & délicats; qui avait reçu de la nature une âme tendre & un tempérament voluptueux; qui jouissait d’une santé parfaite; qui se trouvait à la fleur de son âge; qui n’avait l’esprit troublé d’aucun nuage, l’âme agitée d’aucune émotion trop vive; qui sortait d’une fatigue douce & légère, & qui éprouvait dans toutes les parties de son corps un plaisir si également répandu, qu’il ne se faisait distinguer dans aucun. Il ne lui restait dans ce moment d’enchantement & de faiblesse, ni mémoire du passé, ni désir de l’avenir, ni inquiétude sur le présent. Le temps avait cessé de couler pour lui, parce qu’il existait tout en lui – même; le sentiment de son bonheur ne s’affaiblissait qu’avec celui de son existence. Il passait par un mouvement imperceptible de la veille au sommeil; mais sur ce passage imperceptible, au milieu de la défaillance de toutes ses facultés, il vieillit encore assez, sinon pour penser à quelque chose de distinct, du moins pour sentir toute la douceur de son existence: mais il en jouissait d’une jouissance tout – à – fait passive, sans y être attaché, sans y réfléchir, sans s’en réjouir, sans s’en féliciter. Si l’on pouvait fixer par la pensée cette situation de pur sentiment, où toutes les facultés du corps & de l’âme sont vivantes sans être agissantes, & attacher à ce quiétisme délicieux l’idée d’immutabilité, on se formerait la notion du bonheur le plus grand & le plus pur que l’homme puisse imaginer.

L’encyclopédie (Diderot et d’Alembert)  – Les livres qui ont changé le monde –  accès libre à l’intégralité du texte: http://ecyclopedie.uchicago.edu/

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